Académie Suisse de Police à Savatan. L'après EUROfoot 2008 ?

 06/12/2008

SECURITE

Un forum chablaisien a réuni à l'Académie de police les partenaires civils et militaires qui ont contribué à faire de la fête du football une réussite.

L'expérience acquise pendant l'Eurofoot (ici l'Arena de Sion) en matière de sécurité doit être optimisée. Notamment par un partenariat entre les divers acteurs. a/Mamin
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L'Eurofoot 2008 et la sécurité? Une réussite riche en enseignements. Voilà le bilan tiré hier à Savatan par le Forum Sécurité Chablais. Ce dernier avait pour thème cette année le partenariat sécuritaire suisse et son avenir après l'expérience de cet été. Cette réunion a eu lieu à l'Académie de police de Savatan, qui organisait la manifestation avec le Centre de formation militaire du Chablais.

L'Euro 08 fut un événement unique. Police, gardes-frontière, armée, forces de sécurité étrangères et organismes privés: le pari a été tenu de coordonner tous ces moyens. Comme l'a bien résumé le commissaire divisionnaire Gérard Kointz, de l'ambassade de France à Berne, le système élaboré par la Suisse s'est révélé certes complexe mais efficace, souple et pragmatique.

Pour Christian Python, directeur d'une société privée de sécurité à Genève, «l'expérience fut riche en enseignements et a prouvé qu'il ne faut qu'un chef par mission et que la sécurité a un prix. Alors que le budget initial de la Confédération était de 10 millions de francs, il fut poussé à 160 millions finalement.»
Organigrammes lourds

Raphaël Rebord, chef d'état-major de la police cantonale genevoise, parle lui aussi de réussite tout en critiquant des organigrammes trop lourds. Avec des conséquences pratiques. Ainsi, le tunnel du Gothard fut fermé pour travaux le soir d'un match de l'Italie à Zurich. L'ouverture prolongée des aéroports fit l'objet d'une valse-hésitation. Et deux ULMs ont survolé à basse altitude le stade de la Praille. Encore aujourd'hui, personne n'est en mesure de dire d'où venaient ces engins et encore moins qui était à bord... Conclusion du Genevois, il manque une prise en charge en amont des problèmes par la Confédération.

En effet, plusieurs intervenants ont plaidé en faveur d'un organe de conduite au niveau fédéral pour améliorer la rapidité des prises de décisions notamment et leur efficacité. Jean-Noël Monnet, commandant des gardes-frontière pour Vaud et le Valais, a mis en exergue un trop grand nombre de partenaires. Il plaide pour un commandement centralisé, l'organisation actuelle offrant un contact excellent sur le terrain, mais aussi une rapidité d'intervention parfois à la traîne.
Modèle fédéraliste

Autre son de cloche auprès de Stefan Blattler, commandant de la police cantonale bernoise, qui estime suffisante la conférence des commandants des polices cantonales et le système actuel assez rapide. De son côté, le commissaire français Kointz a estimé, à la lumière de l'expérience de son pays, qu'une centralisation a aussi des inconvénients, notamment une moindre proximité avec la population.

Le conseiller d'Etat bernois en charge de la police avait bien résumé la situation le matin déjà. Selon Hans-Jürg Käser, la structure fédéraliste demeure un pilier central de la sécurité. Pour lui, «une militarisation de la sécurité est aussi impensable que l'introduction d'une police fédérale. La sécurité est une réussite quand il y a coopération et pas concurrence et lorsque les rôles de la police et de l'armée sont clairs.»

Quant aux tâches de la police assumées par des entreprises privées, pour le Bernois, elles doivent se limiter à des domaines comme le stationnement.
Chacun pour soi

Le Forum s'est terminé par une succession de plaidoyers pro domo des différents corps présents, que ce soit la police municipale, la police ferroviaire, les gardes-frontière, les sociétés privées. Alors que le matin tout le monde se félicitait de la bonne coopération, on vit peu à peu réapparaître les luttes d'influence pour s'accaparer des parts du gâteau sécuritaire. On a ainsi entendu différents corps mettre en avant une formation similaire ou identique aux polices cantonales.

22 novembre 2008 - GILLES BERREAU  -  NOUVELLISTE