Stadier, l'indépendance au jeu

 16/06/2008

L'activité se décline en appellations plus ou moins avouables (stadier, steward, Securitas...), mais, dans le fond, la pratique reste sensiblement la même: les yeux font la ronde et la sensibilité est étouffée sous l'uniforme. Hier soir encore au Stade de Genève, quelque 70 «stewards» ont passé la totalité du rendez-vous face aux spectateurs et donc, fatalement, dos au jeu.

La fonction, largement incomprise, tient presque du surnaturel. «Lors de chaque action chaude, la tension monte chez nous aussi. On a également des émotions», plaide Dan Semmler, le superviseur terrain du Stade de Genève, lequel «gère la répartition des troupes» et déplace «ses gars» selon «l'évolution des tribunes».

Le football, selon lui, n'est qu'un dérivatif subsidiaire. «Bien sûr que je n'aime pas le foot, j'aurais franchement du mal à faire mon job sinon.» Depuis trois saisons chez Python Sécurité, le Berlinois de 29 ans admet avoir réorienté quelques amateurs de beau jeu. «Ils regardaient le match.» Etonnant...

Un bon stadier, au-delà d'une domestication de l'idolâtrie, est «diplomate, court vite» et entretient une anatomie dissuasive. «Un bon impact physique est inévitable.» Il doit «détecter un comportement anormal». Adopter un «regard balayant». Tenir le coup. «A la fin du match, les gars sont raides. Ils sont debout plus de trois heures avant le début du match». Ne peuvent «ni discuter, ni téléphoner, ni fumer». Portent des «habits foncés, sans marques», égayés de chasubles jaune fluo. Ils sont «plus de 400», sur comme en dehors du terrain, chaque soir de match à Genève durant l'Euro.

Depuis début juin, Dan Semmler entraîne un personnel «efficace», issu de «tous milieux sociaux» et composé de «tous âges». «La moitié seulement ont une activité dans la sécurité le reste de l'année. Les autres sont là pour participer à la fête». Malgré les gausseries de la cantonade. «Je ne crois pas que l'on véhicule une image si négative. Au contraire, je ressens passablement de jalousie. Beaucoup aimeraient être à notre place.»

Source: Le Temps 
  
Julien Caloz

Rubrique: Zooms