Le fils vole des tableaux, la mère les jette à l'eau

Le fils vole des tableaux, la mère les jette à l'eau
Libération - 17 mai 2002

Mise en examen, hier à Strasbourg, de Mireille Breitwieser.
Par TASSEL Fabrice

Mireille Breitwieser, la mère de l'auteur de l'incroyable vol de 172 oeuvres d'art dans divers musées et châteaux européens, a été mise en examen, hier, pour «recel de vol par habitude» et écrouée à Strasbourg. Elle pourrait aussi être poursuivie pour destruction d'oeuvres d'art, pour avoir jeté de nombreux tableaux dans le canal Rhin-Rhône. Depuis l'arrestation de son fils Stéphane, en novembre, à Lucerne (Suisse), ville où il est toujours détenu, Mireille Breitwieser avait entrepris de détruire le butin réuni depuis des années. Si certaines pièces ­ comme les statuettes et la vaisselle ­ ont pu être récupérées dans le canal, plusieurs toiles de grande valeur, dont un Boucher, un Bruegel et un Watteau, sont à jamais perdues, d'autant que la mère les avait lacérées avant de les jeter à l'eau ou dans son vide-ordures.


Hier, le parquet a organisé une conférence de presse sur les bords du canal.

Un clairon de trop. L'affaire, révélée mercredi par France-Soir, est étonnante. En sept ans, Stéphane Breitwieser, 31 ans, a dérobé, sans effraction et lors de visites diurnes dans des musées, une soixantaine de tableaux et 109 objets d'art. Ces vols représentent une somme d'environ 2 milliards d'euros, l'imprécision tenant à la valeur inestimable de certains tableaux. Ce kleptomane hors normes opérait en compagnie de son amie, Anne-Catherine Kleinhaus, 31 ans, interpellée et mise en examen pour complicité de vol. Elle a été laissée libre. Stéphane Breitwieser a été arrêté à l'automne à Lucerne : après avoir dérobé un clairon du XVIIe siècle, le jeune homme est revenu au musée, où un gardien l'a reconnu.

Après son arrestation, il a fallu encore des mois à la police pour mesurer le profil du voleur. Le déclic vient de France, lorsqu'un promeneur découvre plusieurs pièces sur une berge du canal, à cent kilomètres de là. Les fouilles permettent de faire un lien avec l'affaire de Lucerne. Interrogé, Stéphane Breitwieser reconnaît les faits, propose même de mettre ses compétences au service de certains musées. Il ignore en revanche que sa mère, furieuse de son arrestation, a détruit sa «collection». Ce jeune homme a en effet expliqué ses actes par le désir de se constituer la collection que son métier, employé de restaurant, ne lui permettait pas de s'offrir.

Cutter et manteau. Descendant d'un peintre, Stéphane Breitwieser assouvissait ainsi sa passion, allant jusqu'à remplir soigneusement une fiche pour chaque oeuvre dérobée. Les musées de Dunkerque, Menton, Montpellier, Cherbourg ont reçu sa visite. Il opérait à l'aide d'un cutter, pendant que son amie surveillait les déplacements des gardiens. La toile, roulée, était ensuite dissimulée dans les pans d'un manteau. Certaines années, il a volé jusqu'à soixante oeuvres, dont une demi-douzaine en un week-end. En mai 1997, il dérobait à Anvers une toile du XVIIe de Peter Bruegel : «La fraude profite à son maître.».