Tant qu'un accord diplomatique entre certains pays n'est pas signé et que la justice laxiste genevoise perdure.......

 26/10/2009
Quoi de neuf aux Pâquis? Des nuits propices aux hors-la-loi

REPORTAGE | Dealers et voleurs à la tire occupent toujours le terrain aux Pâquis.

THIERRY MERTENAT | 25.10.2009 | 23:02

A chacun son trottoir: les prostituées sur celui de droite, les dealers sur celui de gauche. Ils créent le surnombre. Combien sont-ils? Une bonne trentaine. Combien sont-elles? Une petite vingtaine. Le long de la rue de Berne, ce samedi à 3?h du matin, la répartition du travail est à la fois claire et inégale.

Les vendeurs de cocaïne font la haie d’honneur devant le Palais Mascotte, plus nombreux ici aussi que les amateurs de cabaret. Plus haut, sur la rue de Monthoux, ils fêtent à leur manière la réouverture du Duplex. Entre les deux adresses, on peut s’offrir une boulette tous les deux mètres. A un prix qui finira par concurrencer les vendeurs de bonbons.

On accélère le pas

Les clients sont rares. Ça vend plus que ça n’achète. La fatigue se lit sur le visage de ces travailleurs désœuvrés. Ils sont jeunes, ils s’ennuient, ne ­connaissant de la ville que ce bout de trottoir qui ne fait pas recette. Et qui peut à tout moment devenir le théâtre d’embrouilles qui dégénèrent.

L’équation est connue: la promiscuité délinquante crée le sentiment d’insécurité. Il est palpable. La clientèle des établissements publics accélère le pas. On rentre chez soi sans s’arrêter. Un manque à gagner pour les belles de nuit. La présence des dealers n’encourage pas la montée à l’étage. On fait métier séparé. L’un ne profite pas à l’autre. La mine est mauvaise de chaque côté du trottoir.

Pour se faire de l’argent aux Pâquis, il faut payer de sa personne. Les arracheurs de sacs le savent mieux que quiconque. Un Zizou vaut, à lui seul, dix voleurs à la tire. Ils sont une demi-douzaine, tôt samedi matin, à occuper le terrain le long de la rue des Alpes. L’épicerie, ouverte 24?h sur 24, leur sert de point de ralliement; l’immeuble, juste à côté, de base arrière. Un coup de pied dans la porte et l’on file en sous-sol se répartir le butin. Les réceptionnistes de nuit des proches hôtels sont incollables sur leurs activités. Habib, le marchand de journaux, physionomiste à temps complet, tient à jour le casting. Il se renouvelle et s’étoffe chaque semaine. Le classeur des Zizou prend du volume au poste des Pâquis. Le dernier de la liste revendique trois identités. Dans la rue, il est Niçois; en salle d’audition il se dit Irakien; ses empreintes digitales finissent par parler à sa place: il vient d’Algérie. Un bavard, un colérique: «La loi, quelle loi?» lance-t-il au commerçant qui l’a chassé de son secteur la nuit précédente. Une petite frappe dans un corps d’athlète.

A la limite du brigandage

Au moral («quelle morale?») et au physique, il se pose en chef de bande. C’est lui qui, cette nuit-là, dirige l’escadron mobile posté à l’angle rue ­Pradier.

«Regardez comme ils font la statue», glisse l’expert en zizouterie sans quitter son pas de porte hôtelier. Un groupe descend de la gare. Un autre l’attend, figé dans son innocence. Le travail peut commencer, rapide, efficace, toujours à la limite du brigandage. L’agressivité de ces bandes éphémères n’est pas que verbale. On le vérifie une fois de plus.

Et pendant ce temps-là, que fait la police? Elle patrouille en voiture, enregistre les plaintes à l’avant-poste de la rue Pécolat et demande à son service de presse de communiquer les interpellations du jour. Une bonne douzaine de dealers entre vendredi et samedi. Du boulot pour tous. La rue, elle, reste hors la loi.

Agents privés engagés

Que demandent-ils pour que cela change? Des opérations coup-de-poing? Non, ce qu’ils demandent, c’est une police à l’ancienne, de proximité dissuasive. Des hommes à pied qui patrouillent, des marcheurs en uniforme qui vont au contact sans forcément le chercher.

Ils, ce sont les habitants et commerçants des Pâquis. Ils se sont beaucoup réunis ces temps derniers. Ils ont parlé concret, mis leurs moyens en commun et décidé de solliciter une société de gardiennage. «Nous sommes une vingtaine à soutenir ce projet, explique Olivier Fhocas, le directeur de l’Hôtel Terminus situé sur la rue des Alpes. La somme à débourser pour chacun d’entre nous: environ 150?francs. Deux agents de sécurité auraient dû commencer leur ronde ce week-end.»

Auraient, car cette initiative ne plaît pas à tout le monde, surtout en période électorale, où une idée citoyenne peut très vite se transformer en récupération partisane. Et puis, le gardiennage de rue, dans sa formulation assez inédite, nécessite des autorisations supplémentaires. On ne fait pas surveiller l’espace public comme on paie pour assurer sa sécurité dans son espace privé. Entre les deux, le travail de la police justement. Elle a son mot à dire.

Un quartier fréquenté par les politiques

Ajournée, cette décision devient donc politique. Elus et candidats se succèdent d’ailleurs aux Pâquis. Pas tous en tracteur, à l’instar du MCG, pas tous non plus à l’heure des dîners en ville. Fidèle à ses habitudes, Pierre Maudet se montre matinal. Il fréquente les mauvaises adresses.

Il y a quelques jours, à 7?h du matin, on l’a vu visiter sous bonne escorte l’immeuble pourri du 12, rue des Alpes.

Et découvrir au saut du lit les clients difficiles du quartier. Du flagrant délit instructif.

De quoi alimenter le débat en gardant les pieds sur terre.
(thm)