MANAGEMENT. Les deux hautes écoles collaborent pour une nouvelle formation continue.

 26/10/2007

Catherine Dubouloz

Après un premier test en début d'année, les deux hautes écoles se lancent. Dès janvier 2008, l'école des Hautes Etudes commerciales (HEC) de l'Université de Genève et la Haute Ecole de gestion genevoise (HEG) organiseront, ensemble, un diplôme de formation continue en gestion des risques d'entreprise*. Derrière ce terme, des menaces très concrètes et de nature très diverse pour les compagnies.

Rappelez-vous, par exemple, l'effervescence qui régnait, en 1999, lorsque les informaticiens devaient prévenir les bugs informatiques du passage à l'an 2000. Les problèmes potentiels donnaient des sueurs froides aux managers. Autres situations emblématiques: l'évaluation des risques terroristes après le 11septembre 2001 ou celle des dangers liés à une pandémie de grippe aviaire. Ou encore: la crise des prêts immobiliers à risques aux Etats-Unis, les fameux «subprime». Ils représentent un cas d'école dans le domaine de la finance. De nombreux établissements financiers ont octroyé sans se couvrir suffisamment des prêts hypothécaires à des clients qui n'ont plus pu les rembourser dès que les taux hypothécaires ont augmenté. Selon les estimations de l'agence Standard & Poor's, la crise a fait perdre aux banques entre 120 et 180 milliards de francs.

Cartographier les risques
Risques de crédits, risques de perte liés à la volatilité des marchés, mais aussi risque de fraude, de panne, d'accident, de litiges, d'atteinte à la réputation, de perdre des clients ou un marché. Comme l'écrit Emmanuel Fragnière, professeur à la HEG et codirecteur de la nouvelle formation, en ouverture d'un ouvrage** consacré à la question: «Depuis le jour de notre conception jusqu'à celui de notre mort, nous sommes constamment exposés à une myriade de risques.» Ce qui est vrai pour les humains l'est aussi pour les entreprises. «Un chef d'entreprise ou un manager prennent sans cesse une multitude de risques, quand ils choisissent un nouveau fournisseur, explorent un nouveau marché, lancent un produit ou engagent un collaborateur. Ils doivent en être conscient, les apprécier et préparer des plans B», ajoute Bernard Morard, doyen de la Faculté des sciences économiques et sociales de l'Université de Genève (Unige), également codirecteur du programme.

Depuis quelques années, la gestion du risque est même devenue un métier en soi. De plus en plus d'établissements, financiers en particulier, nomment des risk managers dans les unités d'affaires, ainsi qu'un ou une «Chief Risk Officer» (CRO), à l'image d'Eftychia Fischer qui occupe ce poste pour la banque de gestion EFG International (lire LT du 20.10.2007) ou de Christophe Oppenheim chez Pictet.

Emmanuel Fragnière et Bernard Morard ont monté ensemble le nouveau cursus. Il se fait en emploi avec des cours les vendredis et samedis. Il s'étend sur une année et peut ensuite, moyennant des compléments de formation, déboucher sur un MBA en gestion des risques, délivré par l'Unige. Selon les modules, les intervenants sont des professeurs d'université, de la HES ou des praticiens.

«Trop souvent, la gestion des risques est associée au seul secteur financier», constate Emmanuel Fragnière. Il s'agit alors d'une discipline très mathématique faite d'équations et de probabilités. Mais cette vision est trop réductrice pour les deux professeurs. «On se rend compte aujourd'hui que le risque opérationnel, qui a en général une origine humaine, est le plus important», explique Emmanuel Fragnière. «Pour gérer ce type de risques, il faut revenir à l'origine même du mot «gestion», et apprendre à les traiter de manière managériale en s'attachant à la maîtrise des activités, ajoute le professeur. C'est ce que nous voulons faire dans notre programme.»

Cela permet de toucher un large public. Le diplôme s'adresse ainsi aux cadres des banques, à ceux des compagnies d'assurance, des sociétés de conseil et d'audit, des hôpitaux, des entreprises industrielles et de services, des administrations.

Les modules s'articulent autour de la prévention des risques ou du rétablissement de la situation. Ils traitent par exemple de la continuité des affaires dans les situations à hauts risques. Ou de la gestion des conflits humains: «Imaginez les risques pour l'entreprise si l'un de ses dirigeants, unique détenteur d'informations clés pour la société, claque la porte du jour au lendemain», lance Emmanuel Fragnière.

D'autres cours traitent de la négociation et de la conclusion des contrats, du système d'information de l'entreprise, des tableaux de bords de performance. La communication de crise, l'ingénierie comptable et financière des risques sont également traitées. Enfin, les systèmes de contrôle internes sont passés au crible. «Nous voulons donner aux participants des outils utilisables, qui n'impliquent ni une refonte totale de l'organisation de l'entreprise, ni des coûts faramineux», avance le professeur.

Tester le marché
Une collaboration de cette ampleur entre HEC et la HEG est une première. «Emmanuel Fragnière et moi nous connaissons bien, nous avions envie de travailler ensemble sur ce sujet, c'est pour cela que la collaboration a marché», analyse Bernard Morard.

Les deux professeurs ont commencé par tester le marché début 2007 en organisant une série de trois séminaires de quelques jours sur le sujet. «Cela nous a permis de vérifier que la demande existait, commente le doyen. Nous avons eu une vingtaine de participants pour chaque module.»

Avec ce nouveau diplôme, Bernard Morard applique la stratégie qu'il a développée jusque-là en matière de formation continue: occuper de nouveaux marchés, se lancer sur un créneau où il n'y a guère de concurrence et trouver des niches où développer des positions de leadership. Ce partenariat avec la HEG pourrait en préfigurer d'autres: «Nous souhaitons, lance le doyen, que cette expérience de collaboration se renouvelle et se développe.»

*Informations sur le site: http://risk-entreprise.ch ou auprès de Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Prix: 9900 francs. Délai d'inscription: 30 novembre 2007.

** «Risk Management. Safeguarding Company Assets», Emmanuel Fragnière et George Sullivan, A Crisp Fifty-Minute Series Book, Thomson Netg, Boston, 2007.
 
Source : LETEMPS.ch