Vols à l’étalage en hausse: les magasins s’alarment

 21/10/2008

Genève | La recrudescence des vols inquiète les grandes surfaces. Les voleurs sont de plus en plus agressifs.  La riposte s’organise. Un travail de longue haleine, mais soldé par des résultats parlants.

© Georges Cabrerra | Centrale de vidéosurveillance.

Source: La Tribune de Genève

DEJAN NIKOLIC

«Nos interpellations pour vols ont augmenté de 50% en un an», déplore Jacques Burnier. Un constat alarmant, que le directeur de Manor s’est empressé de signaler, le 8 septembre dernier, à tous les grands commerces genevois réunis lors de la séance plénière mensuelle du Trade Club. Mais son cas est loin d’être isolé.

Depuis 2003, le nombre de vols à l’étalage s’est également intensifié chez Migros. «Nous constatons une recrudescence de l’ordre de 32%», précise Isabelle Vidon, porte-parole du géant orange. 70% des larcins concernaient le secteur non alimentaire.

Bagarres et articles griffés

Bandes organisées originaires de France voisine, drogués… la plaie frappe de tous horizons. Avec pour corollaire: la violence. «Les interpellations sont non seulement plus nombreuses, mais l’agressivité des voleurs est aussi plus fréquente», s’inquiète Jacques Burnier.

La recrudescence des attaques cible prioritairement les produits de luxe. «Ils visent surtout le multimédia, l’alcool, les articles de parfumerie et les habits de marque», précise le directeur. De la marchandise de petite taille, facilement dissimulable et qui, une fois vendue sous le manteau, peut rapporter gros. «Dans le cas d’un toxicomane, revendre à la sauvette un parfum volé permet de se procurer rapidement et facilement du cash», admet Jean-Philippe Brandt, ­attaché de presse de la police.

Et dans certains cas, les malfaiteurs font preuve d’une rare créativité. «Ils utilisent des outils spécifiques et très performants pour ôter les antivols, explique Raoul Koenig, sous-directeur de Manor en charge de la sécurité du magasin. Une autre technique consiste à doubler les cabas avec de l’aluminium, pour échapper aux alarmes à la sortie des caisses.» Mais certains groupes sont si bien organisés, que même avec les meilleurs systèmes au monde, il est difficile de les prendre sur le fait.

Pas lieu de s’alarmer

Même son de cloche chez Coop, qui opère en ce moment même une analyse approfondie du phénomène. «Les vols sont plus nombreux, et la violence qui y est liée préoccupante», reconnaît Jean-Philippe Cotter, responsable des relations publiques. Sans avancer de chiffres, le porte-parole estime qu’il n’y a pour l’instant pas lieu de s’alarmer, mais n’exclut pas une augmentation de ses effectifs sécuritaires si la tendance devait s’aggraver.

Manor, quant à elle, a choisi d’agir sans plus attendre. «L’ampleur du phénomène est telle que nous avons décidé de doubler nos effectifs», prévient ­Jacques Burnier.

Un tour de table supplémentaire, prévu le 10 novembre lors de la prochaine séance plénière du Trade Club, permettra de rediscuter de la situation et d’enclencher des mesures correctives concertées.

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Fnac: tendance inversée

En matière de délit, les grandes surfaces ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Alors même que Migros, Coop ou Manor déplorent une recrudescence significative des vols  à l’étalage, la Fnac, elle, semble avoir tiré son épingle du jeu. C’est du moins ce qu’affirme Pascal Ranzoni, le directeur  du magasin situé à Rive.

Jeux vidéo et DVD
Comment? «En identifiant clairement les produits les plus visés, souligne Pascal Ranzoni. Et en essayant de comprendre le modus operandi des voleurs.» Depuis le début de l’année, l’accent a été mis sur la surveillance des jeux vidéo et des DVD. Progressivement, la tendance des vols observée chez le spécialiste du livre et du multimédia s’est inversée. «Nous avons mis les moyens, poursuit son directeur. En préparant au mieux nos équipes et en déplaçant régulièrement nos caméras de contrôle.» Après avoir repéré les lieux surveillés, les voleurs adaptent leurs méthodes. Mais avec un système visuel à géométrie variable, les équipes de sécurité ont pu répertorier un large éventail des techniques de vol utilisées; et prendre  les malfaiteurs à contre-pied. Preuve en est: les inventaires de la Fnac n’ont jamais été aussi équilibrés et le nombre d’arrestations est en baisse constante.

«Lorsqu’un magasin est considéré comme un lieu de vol privilégié, cela se sait très vite», signale Pascal Ranzoni, directeur de la Fnac à Rive. La seule stratégie consiste donc à imposer une réalité contraire.
(djn)