La fête de Noël, ce pousse-au-vol

 15/12/2007

Source: Le Matin Dimanche

L'alcool arrive en tête du classement de la fauche des Fêtes, loin devant les vêtements et les cosmétiques.
Les vols à l'étalage prolifèrent à l'approche des fêtes de fin d'année, montre une étude britannique. Et la Suisse n'y échappe pas: la pression sociale pousse certains consommateurs à commettre des larcins inhabituels.

Alexandre Habay

La tentation est-elle trop forte? A l'approche des Fêtes et de leurs étalages tapageurs, les magasins enregistrent une hausse sensible des vols. A cette période, c'est plutôt M. et Mme Tout-le-monde qui sont pris la main dans le sac. On «oubliera» une bouteille de champagne au fond du cabas, on glissera une eau de toilette dans sa poche.

Ni vu ni connu? «L'afflux de la clientèle avant les Fêtes rend notre travail plus difficile, avoue Michel Berthet, chef de la sécurité chez Manor à Lausanne. Et l'on ne sait plus qui surveiller en plus des têtes qui nous sont connues!»
Selon l'étude britannique du Centre for Retail Research, la facture du vol à l'étalage pendant les six dernières semaines de l'an va s'élever à 5,3 milliards de francs en Europe de l'Ouest, soit une augmentation de 200% par rapport au reste de l'année. En tête du classement de la fauche des Fêtes, on trouve l'alcool, loin devant les vêtements et les cosmétiques.

Pour le professeur Joshua Bamfield, auteur de l'étude, une pression sociale et commerciale spécifique pousse au vol des gens habituellement honnêtes: «Ils se disent: «J'aimerais vraiment ça pour Noël!» L'exemple type est la mère de famille qui vole des sous-vêtements pour elle-même car sinon elle y renoncerait pour payer les cadeaux onéreux de ses enfants ou de son mari.»

Question d'opportunités
«Tout le monde prépare Noël, certains moins honnêtement que d'autres, confirme Christian Python, directeur de la société genevoise Sécumag, qui gère la sécurité de plusieurs centres commerciaux en Suisse romande. C'est une question d'opportunités.» Surtout chez ceux pour qui le vol n'est pas un geste anodin. «Par exemple, cet homme qui traversait une mauvaise passe et avait craqué pour des accessoires hi-fi pour ses enfants. Il était complètement paniqué et m'a raconté toute sa vie.»

Si parfois la honte semble pire que l'amende pour le malandrin amateur, Michel Berthet, de Manor, note de son côté une banalisation. «Souvent, les gens n'ont pas l'impression d'avoir commis une faute. Et cela concerne autant la dame au sac Vuitton que le sans-abri, en passant par la gamine de 12 ans.» La malhonnêteté frappe toute l'année: rien que dans ce grand magasin, c'est en moyenne presque deux clients indélicats par jour qui se font coincer.

Face à ce problème permanent, les magasins ne sont pas tous à égalité. Certains ne se préoccupent même pas du problème. «Un jour, nous avons rendu deux cabas remplis de marchandise subtilisée à une parfumerie. Ils ne s'étaient rendu compte de rien car ils ne procédaient à aucun contrôle de leur stock», témoigne Azdine Bouhedja, chef de brigade à la police judiciaire lausannoise. Les parfums sont un must à plusieurs titres: chers, faciles à voler et à revendre.

Certaines enseignes préfèrent investir dans la sécurité. C'est le cas par exemple de la Fnac, qui s'est forgé une solide réputation en la matière. «Les magasins faciles sont connus des voleurs, estime le spécialiste en sécurité Christian Python. Personnel débordé ou absent, articles sans antivol, sonneries d'alarme qui n'entraînent aucune réaction: ils savent repérer les failles.»


«Une habitude d'ado qui m'est restée»
Sandrine, 27 ans, enseignante dans le secondaire vaudois, raconte son attrait pour le vol occasionnel. «Quand j'étais au gymnase, j'avais des rituels comme faucher un pain au chocolat chaque jour à la cafétéria. On volait entre copines, et ça m'est resté.
C'étaient aussi les habits, il y avait moins de protection que maintenant et on pouvait changer les étiquettes facilement. J'ai travaillé dans un grand magasin, je sais comment ça se passe. Le surveillant peut être un jeune habillé cool, loin de l'image du vigile. Je volais des choses chères, plus comme maintenant. Aujourd'hui, je me sers uniquement au supermarché. Je laisse de temps en temps un article au fond du caddie, comme des cosmétiques, par exemple. Le plus souvent ça passe, et sinon je fais celle qui n'a pas fait exprès. Parfois, je mange des choses avant d'arriver à la caisse, comme des petits pains. Si je me faisais prendre, ça me couperait l'envie pendant un moment, mais je recommencerais quand même. C'est comme un jeu.»

Des centaines de millions de francs de préjudice
Le vol à l'étalage a un coût, sans même parler du budget dévolu à la surveillance. Si les magasins refusent la plupart du temps de communiquer sur le sujet, les estimations indiquent que le préjudice dans le commerce de détail varie entre 1% et 2% du chiffre d'affaires. Selon l'étude britannique, la note pour la Suisse est de 908 millions de francs pour 2007. Notre pays est mieux loti que la plupart des pays voisins. Mais la recette du vol en magasin a augmenté de 4,3% entre 2006 et 2007, alors que la moyenne européenne est de +1,3% seulement.