Vol à l'étalage & CRIME ORGANISÉ "C'est la razzia et ils sont dangereux!" Le Matin du 27.08.02

 27/08/2002

CRIME ORGANISÉ
"C'est la razzia et ils sont dangereux!"
Le MATIN du 27 août 2002
Jean-A. Luque

Depuis quelques mois, la Suisse est victime de bandes de pays de l'Est spécialisées dans le vol à l'étalage. Boutiques et commerces de détail sont la proie de ces voleurs particulièrement violents.

Jean-A. Luque
27 août 2002

Ce n'est plus possible. Depuis quelques mois, le vol à l'étalage prend des proportions inquiétantes. En dix ans de métier, je n'ai jamais vu une telle razzia. Des bandes issues des pays de l'Est viennent s'approvisionner à grande échelle en Suisse. Ces voleurs n'hésitent d'ailleurs pas à se montrer violents quand ils sont pris sur le fait. Inutile d'essayer de les retenir, car cela devient alors vraiment dangereux."

Max Almonti, administrateur du Mouton à cinq pattes, une boutique de confection lausannoise, tire la sonnette d'alarme: "Tous les jours, nous sommes victimes de vols. J'ai repéré une équipe d'une quinzaine de Tchétchènes qui rôdent en permanence. Mais quand j'appelle la police, ils me répondent qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. Je ne sais plus à quel saint me vouer."

"Jamais sans mon spray au poivre"
Loin de baisser les bras, Max Almonti a sensibilisé son personnel à cette nouvelle problématique du vol à l'étalage. Karen, responsable du secteur confection dames: "Ces bandes sont parfaitement organisées. Certains membres viennent en repérage dans le magasin, surveillent quand nous sommes moins nombreux ou occupés derrière avec un nouvel arrivage. D'autres voleurs entrent alors en scène pour agir, quitte à faire diversion auprès des vendeuses. Ils ne s'attaquent qu'aux produits de marque haut de gamme: Versace, Boss, Gaultier..."

"Ma plus grande crainte, poursuit Karen, c'est la violence dont ils font preuve. C'est vite vu, depuis quelques mois je ne me déplace jamais sans mon spray au poivre à portée de main. D'ailleurs, à la caisse située juste avant la sortie il y a toujours un spray dans un tiroir. C'est le seul moyen que nous avons trouvé pour nous défendre."

Un milliard de francs de pertes
Pour le seul canton de Vaud, 273 cas graves de vol à l'étalage ont été dénoncés à la police au cours des six premiers mois de cette année. Soit une augmentation de 23% par rapport au premier semestre 2001! Des vols de vêtements de marque, de parfums, de portables ou d'électronique qui sont attribués principalement à des ressortissants des pays de l'Est.

LE PRO DE LA SURVEILLANCE

"Le panier moyen du voleur à l'étalage a doublé en cinq ans" Christian Python, patron de la société Secumag. "Toute la Suisse est frappée par ce phénomène, confirme Christian Python, patron de la société spécialisée Secumag. Et il est en constante augmentation. Depuis cinq ans, le panier moyen du voleur à l'étalage a doublé. D'ailleurs, on estime que l'ensemble du commerce de détail en Suisse va perdre cette année entre 800 millions et 1 milliard de francs!"

Imagination sans limites
Le système D, ils connaissent. Qu'ils soient professionnels ou amateurs occasionnels, les voleurs savent faire preuve d'imagination quand il s'agit de contrer les appareils de sécurité. Même les portiques électromagnétiques les plus perfectionnés ne résistent pas à leur débrouillardise.

"Nous avons récemment découvert les sacs à commissions doublés en aluminium, raconte Max Almonti. Tout l'intérieur du cabas est contreplaqué avec une couche très épaisse de feuilles d'alu. Les voleurs n'ont plus qu'à entasser les habits avec les pinces antivol et à recouvrir le tout avec une salade ou des couches-culottes. C'est simple et diabolique: le portique ne résonne pas à leur passage."

D'autres malfaiteurs aux méthodes plus prosaïques se contentent d'arracher ou de sectionner les protections antivol avec des pinces plates. Pour ne pas attirer l'attention, les malandrins abandonnent souvent les protections dans les poches d'autres vêtements. Ce qui explique parfois que d'honnêtes acheteurs fassent hurler les sirènes en franchissant le seuil des magasins.

La palme de l'originalité revient cependant à une femme russe, comme en témoigne Karen: "Une Russe enceinte âgée de 46 ans a fait sonner l'alarme en quittant le magasin. Quelle n'a pas été notre surprise de constater qu'elle n'était absolument pas enceinte. Elle utilisait ce subterfuge pour accumuler de très nombreux vêtements volés. Nous avons même retrouvé des articles dérobés dans d'autres boutiques..."

"Il s'est jeté sur moi par-derrière"
AGRESSÉE Souada, vendeuse dans une boutique, a été obligée de porter une minerve suite à la réaction violente d'un voleur."Quand l'alarme a sonné, je me suis précipitée sur la cliente suspecte, une mineure. Je lui ai gentiment demandé d'ouvrir son sac. Comme elle refusait et tentait de s'échapper, je lui ai agrippé le sac, et là, tout à coup, son compagnon, un adulte, s'est jeté sur moi par-derrière."

Souada, une jeune vendeuse d'une boutique lausannoise, s'est fait agresser sauvagement il y a quelques mois. "Je ne m'attendais pas à être confrontée à ce genre de violence. Cet homme m'a griffé le dos. Il s'est agrippé à mes épaules, à mon cou. C'est là que j'ai entendu dans mes cervicales un petit craquement. Et tout ça uniquement pour un pull à 189 francs." Suite à cette agression, Souada a été obligée de porter une minerve pendant quelques jours.

Aujourd'hui, de manière générale, les voleurs résistent à l'arrestation et se défendent. Les bandes organisées qui sévissent en Suisse romande n'hésitent d'ailleurs pas à intimider les vendeurs quand ils sont pris sur le fait. Il y a trois semaines, le patron de Souada a été contraint de laisser partir deux Tchétchènes qui se faisaient menaçants. L'un d'eux était sur le point de sortir son couteau.