La formation et la prévention contre les vols. Tribune de Genève du 4.04.2001 - Valérie Duby

 04/04/2001

Tribune de Genève

Pas facile de traquer les voleurs dans les rayons d'un magasin

VALÉRIE DUBY 4 avril 2001 magasin
SURVEILLANCE - Le profil type n'existe pas, mais certains comportements sont suspects. Veste en cuir, jeans, un coca à la main, Fabienne, la trentaine, déambule comme n'importe quelle cliente dans les rayons d'un grand magasin de vêtements de la rive gauche.

 Mais elle n'est pas une cliente ordinaire. Sa profession: agent de sécurité. Sa mission: observer, suivre et, si besoin, interpeller les voleurs. "Nous ne restons jamais plus de trois ou quatre heures dans un commerce afin de ne pas nous faire repérer", explique Fabienne, employée d'ADSI Fonti, numéro un en Suisse romande dans la surveillance des grands magasins. Accompagnée de son jeune collègue masculin, Fabienne monte au rayon lingerie. Nouvelle observation. Rien à signaler. "Il n'y a pas de profil- type du voleur", constatent-ils. Comme pour les lecteurs de Tintin, cela va de 7 à 77 ans!" En solo ou en bandes Avec le temps, les agents qui ont reçu une formation spécifique ont appris à repérer les Arsène Lupin. Les professionnels qui viennent en bande, dérobent des articles de luxe comme des parfums, des jeans de marque afin de les revendre et les autres, ceux qui arrivent en solo et chapardent les objets convoités. Sans oublier les vrais kleptomanes. "On regarde surtout les mains. Et les visages. Il y a aussi des gens à surveiller de plus près comme ceux qui tiennent dans leurs mains des gros sacs, ceux qui portent un blouson de cuir en été et les personnes qui se rendent dans les magasins avec des poussettes", explique la jeune femme. On n'en saura pas davantage. Secret professionnel oblige. Fabienne se souvient tout de même de cette maman interpellée à la sortie d'un commerce en possession d'objets dissimulés dans le landau: "La maman voulait nous faire croire que c'était l'enfant qui les avait dérobés. Sur un étalage à environ deux mètres de hauteur, cela paraissait difficile..." Les adolescentes en cause René-Claude Golay, responsable chez ADSI Fonti, estime que les vols dans les grands magasins augmentent de 10 à 20% par année. Et d'ajouter: "Nous avons de plus en plus affaire à des adolescents d'une quinzaine d'années. C'est incroyable! Lorsque nous les arrêtons, ils ont toujours de l'argent sur eux!" Autre constat, celui de Fabienne: "Les jeunes filles chapardent pas mal... Surtout de petites choses, des accessoires comme les barrettes, les breloques, les boucles d'oreilles, etc. C'est le 80% des vols dans ce magasin." Au rayon accessoire de ce grand magasin de la rive gauche, justement Fabienne, a repéré "une cible". Une jeune fille. L'agente de sécurité la course dans les rayons. En vain. Elle n'a rien pu observer. "Il faut se rendre compte d'une chose, lorsque nous interpellons quelqu'un à la sortie du commerce, nous devons être sûrs à 300% de notre coup! Généralement, les contrôles se passent plutôt bien. Les filles ont souvent très peur de la réaction de leur père." Si les personnes arrêtées sont mineures en effet, les agents se doivent d'alerter les parents. "Nous ne pouvons pas nous permettre d'agir autrement. Car il y a eu des cas de fugues. Je me souviens même qu'à Bienne, un jeune homme s'était suicidé", se rappelle René-Claude Golay. En cet après-midi de printemps, Fabienne et son collègue n'ont pas procédé à aucune interpellation. Mais ils ont fait ce que l'on appelle de la prévention. Pas de plainte en dessous de 300 francs Etrangement, depuis trois ans, les statistiques de la police ne font pas état d'une recrudescence des vols à l'étalage dans les magasins (548 en 1998 et 434 en 2000). Bien au contraire. L'explication? Très simple. Tous les vols ne sont pas signalés aux agents. En la matière, les directives du Ministère public qui ont changé en 1996 sont claires: on ne va pas actionner la machine judiciaire pour le vol d'un simple rouge à lèvres. Généralement, un commerce ne déposera pas plainte pour des larcins de moins de 300 francs. "S'il le fait tout de même, c'est alors le service des contraventions qui s'occupera de l'affaire", indique Carine Papp, porte-parole de la police genevoise. Et d'ajouter: "Un magasin peut demander une indemnité d'une valeur n'excédant pas 150 francs. Dans ce cas, l'indemnisation signifie que l'établissement renonce à déposer plainte." Selon une étude publiée en 1995, un surveillant passe en moyenne une quinzaine d'heures à régler un seul cas de vol. Soit un coût d'environ 400 francs.

Plus de 50% des vols sont le fait du personnel Ancien responsable de la sécurité au Grand Passage, Christian Python a commencé dans la branche il y a vingt-trois ans. Aujourd'hui employé par une multinationale, il est également consultant et organise des cours en partenariat avec la Vaudoise Assurances. "Il faut savoir que selon les statistiques, la plus grande partie des différences d'inventaire dans un magasin sont le fait de vols commis par des clients indélicats, notamment des bandes organisées, mais aussi par le personnel, les gens qui entrent et sortent comme les livreurs, nettoyeurs, décorateurs, etc." Christian Python propose trois cours, destinés aussi bien aux vendeurs qu'aux cadres, en passant par les surveillants des grands magasins et centres commerciaux.
Pour la première fois, l'homme a mis sur pied, le mercredi 16 mai prochain à l'Hôtel Mövenpick à Lausanne, un séminaire regroupant différentes personnes qui ont à faire avec le vol d'une manière ou d'une autre. Seront présents autour de cette table ronde, des policiers vaudois, des responsables de grands magasins en Suisse (Coop) et en France (Carrefour), ainsi que le chef de la Brigade de répression du banditisme à Paris, auteur d'un livre intitulé "Pickpockets, vingt ans de flagrants-délits."
Renseignements au (079) 435 20 81.